Croix occitane

Avant de faire venir un influenceur, racontez votre site

Une campagne d'influence montre un lieu ; elle ne le raconte pas. Pourquoi le récit de fond d'un site patrimonial doit précéder sa mise en image et comment s'y prendre.

Géraldine Delord

Deux personnes racontent une histoire
Deux personnes racontent une histoire

Le Réseau des Grands Sites de France a publié un guide à l’intention des collectivités qui souhaitent faire appel à des créateurs de contenus. C’est un document sérieux, honnête, et je le recommande. Mais en le lisant, une question m’a sauté aux yeux : que se passe-t-il lorsque le territoire n’a pas encore clairement établi le récit qu’il souhaite transmettre ?

On peut photographier un lieu sans avoir encore découvert ce qu’il raconte.

Le guide met en garde, page après page, contre les risques d’une communication qui reste en surface : l’uniformisation des images, la vision « carte postale », et ce qu’il nomme joliment « l’invisibilisation du travail et de l’humain derrière les paysages ». Le danger, écrit-il, est de véhiculer une image superficielle, déconnectée de la réalité locale. Je partage entièrement cette crainte. Mais je crois qu’elle révèle surtout une confusion de calendrier.

On demande parfois à l’image de faire un travail qui n’est pas le sien.

Une belle photographie, une vidéo immersive, un reportage sensible : tout cela est précieux. Une image peut révéler, émouvoir, déplacer le regard. Mais elle ne peut pas remplacer le travail qui consiste à rechercher, vérifier et hiérarchiser ce que le lieu a réellement à raconter. Si le récit d’un lieu (son histoire, ses vies minuscules, ce qui le rend unique et pas seulement beau) n’a jamais été établi, aucune caméra ne pourra le faire apparaître à elle seule. Le créateur de contenus le plus talentueux risque alors de repartir avec de superbes plans d’un lieu dont il n’aura pas pleinement compris l’âme, faute qu’on la lui ait racontée.

C’est pourquoi je défends un ordre simple, presque évident une fois qu’on l’a formulé : le récit avant l’image.

Avant de faire venir qui que ce soit pour montrer votre site, il faut savoir ce que votre site a à dire. Cela suppose un travail préalable, souvent invisible, et pourtant décisif :

Recueillir la mémoire vivante

Dans chaque village, une ou deux personnes détiennent des histoires que nul panneau ne raconte : l’ancienne institutrice, le dernier berger, la gardienne des clés de l’église. Cette mémoire est la matière la plus fragile du patrimoine, et la plus émouvante pour un visiteur. Elle disparaît sans bruit. La recueillir est une course contre la montre.

Retrouver la singularité, pas seulement la beauté. Beaucoup de sites savent qu’ils sont beaux ; peu savent dire en quoi ils sont uniques. C’est pourtant cette singularité (le détail, l’anomalie, l’histoire vraie) qui distingue un lieu de mille autres et qui donne au visiteur une raison de venir, puis de revenir.

Hiérarchiser ce qui mérite d’être dit. Tout ne se vaut pas dans l’histoire d’un lieu. Un récit fort choisit, ordonne, révèle un cœur d’émotion. Sans cette hiérarchie, on obtient une accumulation de faits… exactement le contraire de ce qui touche.

Quand ce socle existe, alors l’image a quelque chose à saisir. Le photographe sait où se poster et pourquoi. Le vidéaste sait quelle histoire il illustre. L’influenceur, s’il en vient un, ne repart pas avec des vues interchangeables, mais avec un récit qui lui préexiste et qu’il transmet. La communication cesse d’être une façade : elle devient le prolongement d’un travail de fond.

Le guide des Grands Sites de France demande, à juste titre, une communication « exigeante, précise, sincère, sans stéréotype », « sobre, sans artifice ». Je souscris à chaque mot. J’ajouterais seulement ceci : une communication ne peut être sincère que si elle repose sur quelque chose de vrai qui a été patiemment établi. La sincérité n’est pas une tonalité qu’on adopte au moment de filmer. C’est le résultat d’un travail mené bien avant que la première image ne soit prise.

Alors, avant d’investir dans une campagne - et c’est un vrai investissement, en temps comme en argent - il me revient de poser la question aux élus et aux gestionnaires que j’accompagne : savez-vous précisément ce que votre site a à raconter ?

Si la réponse hésite, commencez par là. Le reste suivra, et il sera meilleur.

C’est le travail que je fais : établir le récit d’un lieu avant qu’on ne le montre. Non pour remplacer les photographes, les vidéastes ou les créateurs de contenus, mais pour leur donner une matière singulière, fiable et profondément ancrée dans le lieu.

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Un lieu ne manque pas toujours d’atouts.
Il manque parfois d’un fil de visite, d’un récit clair et d’un regard extérieur.
C’est précisément là que j’interviens.

Géraldine Delord

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